À l’origine

Pour remettre en contexte toute notre correspondance, voici les deux lettres à l’origine du projet In absentia.

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Bonsoir Jean-François,

Voici une petite requête qui te semblera peut-être déplacée voire indigne d’intérêt. Si c’est le cas, ça aura été un coup pour du beurre et j’en tartinerai ma biscotte en solitaire, ravalant l’allusion sans plus me faire d’illusion. Cela fait quelques jours que l’idée me trottine dans la tête et voila, je m’entête. (Tu constateras que pour ne point te déplaire, j’ai étêté mon point final d’une potentielle marque exclamative. Je me pointe déjà avec mes gros sabots, c’est assez).

Je n’irai donc pas par quatre rangs, prendrai délibérément le 450 afin de te faire part de mes velléités inouïes. Tu auras peut-être saisi au travers de mes statuts FB le désir d’écriture qui taraude et le ras le bol d’un huis clos entre moi et mes écrits vains. Or, en m’échouant, béate, sur tes rivages romanesques et poétiques, j’ai découvert tes affinités narratives avec la deuxième personne du singulier. Alors voila, j’ose ici la prétention d’une demande singulière : être pour toi, le temps d’une correspondance, un de tes tu. Tu me disais récemment qu’il serait amusant de se rencontrer, mais tes écuries sont à perpette.

Aurions-nous alors à gagner à ce que tu me dises oui? Pour moi, l’éventuelle convivialité féconde d’un dialogue épistolaire ne peut qu’exacerber ce désir de quête identitaire. Imagine que dans mon rapport à toi, je sente enfin sourdre les premiers balbutiements de ma langue.

Pour toi, toi qui as trouvé ton propre souffle, je ne peux être qu’une petite brise certes, mais de celle qui invite à la balade. Quelque chose de ludique qui ne se prend pas la tête, des rendez-vous inopinés et l’ambition secrète quand même de réussir à faire vibrer quelques tam tam sauvages dans ta tête.

Qu’en dis-tu? On se dit tu?

Sophie

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Sainte-Béatrix, le 27 octobre 2011

Chère Sophie,

Voilà une proposition qui, franchement, me sourit.

Pour tenir l’argumentaire que vous développez, vous savez sans doute que j’ai justement fait une maîtrise sur l’utilisation de la deuxième personne… Cela dit, ce n’est pas tant son utilisation épistolaire qui m’intéressait que sa portée identitaire dans le rapport narratif. Je vous invite à fouiller sous la poussière de la bibliothèque universitaire de l’UQAC, vous pourrez peut-être encore y trouver le volet théorique de mon mémoire (s’il n’a pas été avalé par le néant où s’engouffrent les connaissances).

Même si je ne me suis pas penché sur les pratiques épistolaires, vous touchez donc un point: l’adresse à l’Autre fait effectivement partie de mes préoccupations et l’exercice serait certainement stimulant pour moi aussi (il n’y a pas de petites ou de grandes stimulations, la petite brise peut pousser loin, tandis que le vent de tempête oblige souvent à rester à bon port…)

J’ose toutefois une condition que je vous introduis ici. Les premiers balbutiements de votre langue, ils vous coulent déjà de bouche en clavier toutes vannes ouvertes et depuis longtemps. Vous n’avez pas publié? Soit. Mais on est écrivain bien avant de publier, dès que forme et fond se côtoient et se confondent dans nos préoccupations. L’édition n’est qu’un sceau.

Ma condition, donc: vous devrez vous empêcher de faire des courbettes et de vous excuser de votre talent, vous refuser à réduire la pertinence, la beauté, la justesse de vos écrits. Alors, seulement, je vous dirai tu dans ce projet épistolaire perfectible mais emballant.

Et c’est ainsi que je me permets d’aller un peu plus loin, déjà, que votre proposition. Je trouve que ce projet de correspondance vous permet de rester dans une zone un peu trop confortable. Si nous n’avons qu’une relation épistolaire conventionnelle, vous vous rendrez compte en peu de temps que je suis aussi inintéressant que n’importe qui d’autre, et vous n’y aurez pas gagné grand chose.

Voici donc ce que je vous propose (enfin!). Cette correspondance, nous pourrions la publier, directement, par l’intermédiaire d’un blogue qui y serait consacré. Il est possible, en effet, d’écrire un blogue à plusieurs mains (je pourrais nous organiser ça en peu de temps, c’est très simple). La forme demeurerait évidemment épistolaire, puisque c’est là, justement, l’intérêt du projet.

Ce que cela vous apporterait: l’éventualité d’être lu par d’autres est une contrainte fort stimulante. Et cela permettrait d’agir en écrivains plutôt que de se contenter de vains écrits.

Si vous le souhaitez, donc, je vous dirai tu. Un mot de vous et ce sera fait.

JFrançois

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Pour vous délecter sans culpabilité des aléas de cette aventure épistolaire, inutile de passer nos scellés au dessus du nuage de vapeur d’une bouilloire: il suffit de cliquer sur le bouton je veux recevoir vos lettres que vous trouverez au bas des informations de la colonne anthracite qui se trouve à gauche de ce blogue.

Vous l’avez trouvé? Soyez voyeurs, indiscrets, sans-gênes… C’est aussi pour vous que nous nous écrivons!

5 réflexions sur “À l’origine

  1. Lily Bouchard dit :

    Votre correspondance excite déja ma curiosité, je veux continuer dela suivre, Lily

    • Ça nous fait bien plaisir de savoir que d’autres s’intéressent à ce que nous nous écrivons, merci de votre commentaire!

      Si vous le souhaitez, vous pouvez être tenue au courant dès la publication de nos lettres en vous inscrivant au blogue (il suffit de cliquer sur le bouton “je veux recevoir vos lettres” dans la colonne de gauche). Si vous êtes sur Facebook, vous aimerez peut-être nous suivre en vous abonnant à la page In absentia à l’adresse suivante: http://www.facebook.com/#!/pages/In-absentia/159899817439370 . En plus de voir apparaître un lien vers chaque nouvelle lettre, vous y lirez des commentaires inédits…

      D’une manière ou d’une autre, c’est un plaisir de se savoir lus et appréciés!

      JFrançois Caron

  2. Lily Bouchard dit :

    TRès intéressant de vous lire

  3. Manon Lapierre dit :

    Quand nos maux , a l’intérieur, dévorent ces “let“ et re lettres de la muse face à l’auteur, c’est que je le crois bien, le concept est bon, l’on, sans temps pensé, que la plume n’a plus d’âge. Plus nécessairement de visage que celui d’une :“amène-moi là où tu veux…je te suivrai, de la main, ou des yeux, je suis une voyeuse face aux voies rieuses que j’imagine derrière vos clavier, et tout comme vous, je les attendrai, et je sourirai. Chère Sophie, ces tartines sont d’un délice pour nos appétits curieux, et s’il n’y avait pas de voyeurs, il n’y aurait pas cet odeur de plaisir fébrile dont je suis dès lors, boulimique! J’en veux en corps! En corps gars, en majuscule, mais longtemps. Sans vous essoufflez, mais quelle idée!
    Je suivrai vos pas si vous me le permettez, comme la porte est ouverte, a cueillir les miettes de mots que vous y laisserez sur le plancher, le matin devant mon ordi, en dejeunenant.
    Plaisir!
    Manon

  4. Je me permets d’intervenir en ma qualité de gardienne de la mémoire des mémoires… M. Caron n’a pas à s’inquiéter: une copie de son mémoire est soigneusement gardé à l’abri de la poussière dans mon modeste bureau.
    Longue vie à votre blogue!

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